« Île Infernale ». Nijat Kazimov mai 26, 2019 – Publié dans Littérosa

Nijat Kazimov

Nijat Kazimov, Co-fondateur les Éditions Kapaz. Directeur de la représentantion de la littérature azerbaïdjanaise en France. Auteur du livre « Les pierres en couleurs » .

Il y avait une grande peur en moi. Je ne savais pas ce qui m’attendait, où j’allais. Dans le bateau il y avait dix autres personnes comme moi qui avaient des chaînes sur les pieds et les bras. On était en septembre 1937. Toutes les personnes de ce bateau étaient victimes de répression. Il y avait cinq soldats russes . Ils nous ont conduits sur l’île de Nargin. J’ai toujours regardé l’île en fumant du tabac sans filtre quand j’écrivais des poésies. Maintenant, je serais là pour la première fois.

Après un long moment, je n’étais pas armé pour la première fois – je n’avais ni cahier, ni crayon. J’étais envoyé à Nargin pour mes écrits. Après la création de la République en 1918, je suis devenu un individu de la littérature azerbaïdjanaise. Ensemble avec mes autres camarades écrivains, nous avons posé les fondements du pays. Après que l’Armée rouge ait pris le pays entre ses mains, nous étions des guérilleros littéraires. Ce que nous écrivions était contre le Soviet et pour la restauration de notre république après son occupation en 1920. Il y a deux jours, des soldats sont entrés dans la maison et m’ont emmené avec mes cahiers. Je n’ai pas eu le temps de terminer ce que j’écrivais. Alors que le bateau bougeait sur les vagues, mes souvenirs me sont venus à l’esprit :

Sous un arbre qui éparpillait son ombre, je posais ma tête sur les genoux de Vusala et lisais ce que je lui avais écrit. Elle écoutait et exprimait son opinion :

« Javad, ton histoire était géniale, mais tu ne devrais pas écrire sur la République, j’ai peur pour toi. Tu n’as pas vu les autres auteurs emprisonnés à cause de leurs écritures ? » disait-elle inquiétée.

« Oh ma chérie, si tes paroles disaient la vérité, je peux dire que mes écritures sont en bonne direction. Parce que notre objectif est d’unir le peuple et de restaurer notre république.

– Je sais, je le veux aussi. Mais je t’aime beaucoup et je ne peux pas te perdre. Il y a une chose que je sais, c’est que je ne saurai pas exister sans toi. Est-ce que tu comprends ? »

je m’étais levé et avais embrassé ses lèvres. Ce baiser avait pris un peu plus de temps que d’habitude… Seuls les feuilles d’arbre et la pelouse verte nous observaient…


 ***

Le phare de l’île de Nargin était éblouissant. Quelques minutes plus tard, le bateau jeta l’ancre sur le rivage. Les soldats qui nous accueillirent pour la première fois sur la plage, nous ordonnèrent avec leurs fusils de descendre. Une des personnes du bateau avait été très torturé. Elle était très épuisé. C’était difficile de marcher avec les chaînes qui nous avaient été attachées. L’otage fatigué perdit son équilibre sur le bateau et tomba dans la mer.


Un des soldats, celui au gros nez et dont la bouche sentait la vodka, ne le pardonna pas. Il tira son arme vers l’otage et ouvrit le feu. On pouvait voir le sang de l’homme tué dans l’obscurité de la mer, même en plein milieu de la nuit. Un autre soldat ouvrit la chaîne de son pied et le laissa. Nous avions tous très peur. Personne n’osait ouvrir la bouche. Nous essayions de marcher avec les chaînes et les coups des soldats. Parfois, il y avait des éclairs, le tonnerre faisait trembler toute l’île.

Ils nous ont tous mis dans une prison dans le château, construit par les Russes sur l’île. Bien qu’il n’y ait pas de voix derrière les barreaux, il était possible de se comprendre à cause de la respiration des nombreux prisonniers.

Quand j’étais encore en liberté, après la bataille de Sarikamish, des centaines de soldats turcs avaient été abattus ici : la moitié était blessée, l’autre moitié mourut de faim.

Les nouveaux prisonniers étaient maintenus seuls dans une cellule pendant un certain temps. C’est ce qui m’était aussi arrivé. J’ai passé trois jours dans une cellule très étroite et sombre. Un des soldats vint, ouvrit la porte, frappa mon bras et dit :

« Lève-toi, nous allons chez le camarade Yermolov. »

Pendant trois jours j’étais dans le noir et je n’avais pas bougé. Je ne pouvais plus marcher, ni ouvrir les yeux. Pour cette raison, le soldat me poussa et donna des coups de pied. Après avoir passé du temps dans les longs couloirs sombres, il me jeta dans une pièce. La chambre était soignée. Il y avait un portrait de Lénine sur le mur. On entendait la radio grésiller. Le son de l’horloge sur le mur était beaucoup plus fort que le son de la radio. Le bruit de cette horloge me battait la cervelle après avoir passé trois jours dans la cellule sombre et silencieuse. Un officier entra dans la chambre, il était grand, avait une moustache uniforme et soignée. Il me regarda :

« Je suis le chef de cette prison, je m’appelle Yermolov. Tout dépend de moi ici. La décision des tirs est prise par moi. Vous devez être Javad Suleymanzadeh, n’est-ce pas ? » dit-il en regardant les papiers posés sur la table. 
« Oui.

– Ça va tes écritures, camarade ? Hahaha ! » Il riait tellement fort en écartant amplement ses mâchoires, je voyais toutes ses dents.

« Bon, selon les informations des officiers, vous n’avez rien dit. On fait comme ça, vous nous donnerez les noms et puis je vous pardonnerai. Dites-moi, qui d’autre est traître comme vous ?

– Je n’ai jamais été membre d’une organisation. Je ne pourrai pas vous dire quelque chose.

– Regardez-moi, vous avez beaucoup de temps pour réfléchir, sinon vous nous allez prier pour mourir comme les autres prisonniers. Si on trouve un moyen, personne ne pourrait vous toucher.

– Je vous ai dit, je ne sais rien.

– Soldats ! Venez, emmenez-le dans sa cellule ! Javad, vous aurez beaucoup de temps dans le noir pour penser. »

Plusieurs soldats apparurent à la porte et entrèrent. Ils me prirent par les bras, m’entraînèrent jusqu’à la cellule et me jetèrent comme un sac de poubelle. Ils me frappèrent avec des coups forts au visage, à l’estomac, au foie. Puis ils quittèrent la cellule. La douleur était si intense que même les endroits où ils n’avaient pas touchés étaient douloureux… Il n’y avait pas de matelas. Je m’appuyai contre un mur sec et j’attendai que ma douleur passe. J’embrassai mes genoux. Le vent soufflait dans le couloir. Cela rendait le château encore plus effrayant. Ils me jetaient de l’eau glacée pendant que je dormais. Ils donnaient seulement à midi de la soupe froide dans laquelle il y avait les insectes . Mais je devais la boire car la douleur de mon estomac ne me permettait pas de respirer. Je n’avais pas d’autres choix. Je me battais pour vivre. J’étais un jeune homme, je résistais toujours. Je ne voulais pas dire les noms à Yermolov. Je pensais aux merveilleuses lèvres de Vusala, à sa peau soyeuse, à sa gorge que j’égratignais avec mes lèvres, à ses yeux noirs. Elle m’avait beaucoup aimé. Mon père avait été l’une des premières victimes des Soviets, en étant un membre de la bourgeoisie. Je n’avais pas eu beaucoup de problèmes dans mon enfance. Mais aujourd’hui, ils nous avaient tous pris. La pire chose était l’interdiction de papier et de stylo dans la cellule. Maintenant mes souvenirs étaient mon seul trésor.


Être écrivain… Cela veut dire ne pas être en prison pendant des années. Cela signifie créer de nouveaux souvenirs avec votre imagination. Mais tout était brisé le jour où les soldats étaient entrés avec leurs lances à la main. Pensez à un bâtiment construit avec votre imagination, puis imaginez qu’une énorme bombe tombe sur celui-ci et qu’elle le détruit.

Les soldats démolissaient plusieurs fois par jour mon imagination et ils s’en moquaient.

Un des soldats m’attrapa par les cheveux pour m’emmener dans le bureau de Yermolov. Quand je suis entré, Yermolov riait et il y avait quelqu’un d’autre à côté. On dirait qu’il était en otage. Mais je ne pouvais pas voir son visage. Quand il s’était tourné vers moi pour me regarder, je ne pouvais pas y croire. C’était Vusala ! Ses cheveux coupés comme un homme elle se tenait devant moi dans des vêtements d’homme. Nous ne parlâmes pas. Ses yeux étaient pleins, je sentais qu’elle priait Dieu. Elle gardaient ses larmes dans les yeux comme son honneur. Si elles étaient tombées, elle aurait perdu sa fierté. Nous n’avions pas parlé, nous nous étions regardés. Je savais la raison qui l’avait conduite jusqu’ici. L’amour…

« Oui, camarade Suleymanzadeh. Vous n’allez toujours pas parler? Regardez bien, nous avons un poisson précieux dans nos mains. Nous n’avons pas essayé de la piéger Elle est venue elle-même. Je pense qu’elle est ici pour vous sauver. Avant les membres de Difai sauvaient les otages turcs. Mais après, nous les avions tous tués. Peut-être cette dame aussi a pensé qu’elle pouvait vous sauver après avoir entendu la légende de Difai. Croyez-moi, en vérité c’est vraiment une triste histoire d’amour. J’ai oublié le nom de madame, mais elle vous aime tellement qu’elle a coupé ses cheveux pour ressembler à un homme. Mais après avoir été arrêtée par nos officiers, elle ne l’a pas caché et nous a dit pourquoi elle était venue. C’est pour vous chercher, cher camarade Suleymanzadeh. Elle a facilité notre boulot. Oui, Javad Suleymanzadeh, maintenant vous devez nous prouver comment vous aimez votre copine. Racontez-nous » dit Yermolov en courbant sa moustache.

« Je ne sais rien. Vusala n’a rien fait. Elle a commis une erreur et est venue ici. Laissez-la partir. 
- Ah oui ? Mais à mon avis, cette dame aussi est membre de l’organisation secrète comme vous. J’en suis sûr. Dans le cas contraire, une femme azerbaïdjanaise ne laisserait jamais du riz, des pâtes dans sa cuisine pour venir au camp des otages sauver son homme. Bon, c’est votre choix. Ici il y a des hommes qui ne voient pas depuis des années le visage d’une femme et qui ne touche pas une femme. Je vais ouvrir une porte de prison et laisserai cette belle femme là-bas. Laissez tout le château bénéficier de la voix délicieuse de cette dame.

– Stupide! Laissez-la! Je ne sais rien ! » Mes jambes se plièrent. Je ne pouvais pas imaginer ce qu’il disait. Finalement, les larmes des yeux de Vusala tombèrent sur le sol comme des gouttelettes de pluie.

« Comme je vous ai dit, ça c’est votre choix. Je vous donne un jour en plus et je vous promets que madame sera notre invitée pendant un jour. Elle sera seule dans une cellule. »


Les soldats m’amenaient dans ma cellule. Puis, ils prirent Vusala. Pour aller dans la cellule il fallait traverser le petit pont du château. On aurait dit un corridor de plein air. Il était très haut. Je ne pouvais pas regarder derrière. Je voulais regarder Vusala, l’embrasser et voulais sentir son odeur. Cependant, la vie m’avait encore montré sa cruauté à travers Vusala. Lorsqu’ils traversaient le pont, Vusala s’échappa des soldats et se jeta du pont. Au début, je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Le cri de Vusala s’était répandu sur toute l’île. Elle était écrasée dans le sol. Je poussai les soldats de toutes mes forces, je regardai le sang de mon amour allongé. Elle était morte…

Je criais… J’ai crié jusqu’à la fin de ma colère… Je ne respirais plus… Je ne savais pas quoi faire… Elle s’était suicidée pour ne pas me mettre dans un état déplorable. Je pressai mon pouce et me frappai fortement. Les soldats en voyant ma tristesse ne me touchèrent pas. Quelqu’un voulut me calmer, je le repoussai. J’avais vu tous les crimes de Lénine, des soldats, de Yermolov. Je ne pouvais pas le supporter. Je me levai et j’attaquai les soldats qui me tenaient des bras. Je les poussai avec mes coups. Je pense que, ma main était cassée, mais je ne le sentais pas. Parce que la douleur de Vusala était plus forte que les douleurs dans tout mon corps. Des soldats apparurent de chaque côté, me prirent pour m’emmener dans ma cellule.

Dans le noir, j’embrassais Vusala… Je l’ai embrassée et on a fait amour. Plusieurs fois… Comme à l’époque… Pendant un instant, mon imagination se glissa entre mes bras et disparut… À ce moment-là, je me suis rendu compte que c’était un rêve et j’étais à nouveau bouleversé. Après cet incident, les soldats ne venaient plus et ne me frappaient plus. Ils donnaient de la soupe deux fois par jour.

Il y avait des coups de feu quelque part. Il me semblait qu’ils exécutaient quelqu’un. Je me demandait quand viendra mon heure. J’attendais ce jour avec impatience. Parfois je pense à mes amis. J’aurais aimé les voir. Que fait Mushfig maintenant ? Si je l’avais vu, nous lirions des poésies. Vusala nous apporterait des boissons et nous aurions des choses à rire. Ces jours ne viendront pas.

J’écrivais un poème avec un caillou sur le mur :

« Si je suis en prison, mon âme est en refuge.

Je marche à Paris, à Rome, à Barcelone, à Bakou,

Il y a mes amis et mon amour à mes côtés,

J’ouvre mes yeux, c’était un rêve, oh mon Dieu.

Je me disais, Dieu que puis-je faire avec ta justice inexistante ?

C’est une justice, peut-être une épreuve pour ton humain ?

Tu es un néant, à partir d’aujourd’hui je ne te crois pas. »

***

Oui, j’étais devenu athée, incroyant. Je ne croyais plus en Dieu, à sa justice. Dans un endroit sombre, mes dernières pensées étaient l’incroyance.


Un an était passé dans la prison. On m’avait sorti de la cellule. Je taillais des pierres sur l’île. Comme les milliers de captifs. Nous travaillions sous le soleil, nous n’avions pas le droit de boire de l’eau. En général, quand il y avait d’eau, il n’y avait pas de pain. Il n’y avait pas d’eau quand il y avait du pain. Tout le monde était comme des squelettes. La barbe et les cheveux d’un an m’avaient rendu méconnaissable. Pendant toute une année, mon corps avait été inactif et que je n’avais pas vu un seul visage humain, tous les gens autour de moi me regardaient comme une chose effrayante.

Les gens étaient si maigres que leurs os voulaient sortir en perçant la peau.

Il n’y avait aucun arbre sur l’île qui faisait du vent. Il y avait une mer infinie et de l’autre côté une vue de Bakou. Aucun des prisonniers ne parlait. Les gens qui tombaient de soif sur le sol étaient tués tout de suite par les soldats. En moyenne, trois cents personnes étaient amenées chaque semaine et environ deux cents personnes étaient abattues. La tempête sur l’île était forte. Il n’y avait pas de fossé pour les morts. Sur le côté Est de l’île, presque une colline s’était formée. Parfois, ils enterraient les morts, mais le vent soufflait le sable et, encore une fois, l’odeur des cadavres faisait battre le cœur. Plus tard, les soldats avaient trouvé une solution. Les morts étaient jetés dans la mer avec des pierres lourdes attachées à leurs pieds. Il y avait des prisonniers âgés de 12 à 90 ans. Un de ces enfants, Murad, 12 ans, avait été très bouleversé.

La moustache de l’enfant n’avait pas encore germé. Il avait été arrêté et emmené ici en raison des activités politiques de son père. Il était très petit. Il était comme une petite fille. Les autres criminels se moquaient de lui. Surtout Saîka. Il avait des problèmes psychologiques. Ils l’avaient amené ici, pas dans un dispensaire psychologique. En fait, l’île était devenue une maison de fous. Saîka avait violé une fille à Bakou, puis l’avait tuée. C’est pourquoi on l’avait porté ici. Il était grand et effrayant. Il avait deux dents dans sa bouche. Son nez était petit et ses sourcils étaient adjacents. En captivité, la tête chauve était noire en raison de soleil. Vous pouvez penser qu’il était un noir. Sa grande moustache sur ses lèvres le rendaient encore plus terrifiant. Il ne respectait pas les prisonniers. Après que le père de Murad avait été abattu, il n’y avait plus personne pour le protéger. Saîka, qui attendait depuis longtemps le pauvre enfant, l’avait violé à coté des cadavres. Puisque l’enfant avait vu des centaines de cadavres ensemble et que Saîka l’avait fait peur, l’enfant a fait une jaunisse et personne ne s’est intéressé à lui. Peu après, l’enfant mourut aussi. Ils le jetèrent dans la mer.

La prochaine mauvaise nouvelle m’avait rendu encore plus sombre. Dans la carrière de pierre, je travaillais sous les rayons du soleil. Un autre prisonnier faisait une ombre avec des pierres. Il s’était assis sur le sol et récita une poésie. On l’avait apporté sur l’île récemment. Ses cheveux et sa moustache étaient soignés. Une phrase de la poésie résonna dans mon cœur :

« Chante tar, qui peut t’oublier ? »

Je m’approchais de lui et dit :

« Ces vers vous apprtiennent ? J’ai beaucoup aimé.

– Non, c’est le poème de Mushfig. C’est dommage, il est décédé.

– Décédé ? Quel Mushfig ?

– Mikail Mushfig, l’année dernière ils l’ont tué ici sur cette île. Peut-être son cadavre est toujours ici. »

J’étais choqué. Mon meilleur ami avait été exécuté. Je commençai à courir à l’Est de l’île. Bien que les soldats me dirent de m’arrêter, je les ignorai, je continuai. J’étais arrivé à l’endroit des cadavres. L’odeur insoutenable, les mouches qui mangeaient des cadavres, les serpents qui sortaient de la bouche des cadavres… J’inversais les cadavres par terre. Je les regardai. Peut-être que Mushfig était ici aussi. Je l’enterrerais moi-même si je le trouvais. Je mémoriserais tous mes souvenirs d’enfance. À l’arrière, les soldats étaient armés et regardaient ce que je faisais. Mais je ne pouvais pas le trouver parmi les morts, je faisais de mon mieux, peut-être que je n’avais pas reconnu Mushfig, c’est pourquoi je revérifiais les cadavres. Je regardai les noms coincés dans les vêtements. Mais pas de résultat. Je ne pouvais pas le trouver. Un des soldats ouvrit le feu et je revins en vie. Les soldats me prirent pris loin devant eux. Parce que mon odeur était terrible.


Ils me laissèrent aller dans la mer pour me laver. Mais l’odeur ne partit pas. J’avais le prurit qui faisais mal. J’étais presque fou à force de me gratter. Je n’avais trouvé aucun pou ou puce sur moi. En raison des démangeaisons, ma peau présentait des plaies. Le lendemain, personne ne s’approchait. Tout le monde soupçonnait que j’avais une maladie grave. Un des soldats me regarda et dit :

« Félicitations, vous avez la peste. Pourquoi êtes-vous entré dans les cadavres ? »

Deux jours plus tard, j’avais commencé à avoir une fièvre grave. J’étais fatigué. Je ne pouvais rien faire. J’avais plus de quarante degrés de température. Ils ne voulaient pas me donner les médicaments. Ils voulaient que je meurs. D’une part, le soleil me tirait sur la tête, me rendait encore mal. Mon nez saignait souvent. J’avais déjà accepté mon décès. Je dis à l’un des soldats russes en mettant ma main sur le mur :


« Je veux parler avec Yermolov. Je vais passer aux aveux ! »

Le soldat rit et m’emmena à son bureau. Lorsque Yermolov me vit, il ne me reconnut pas. Le soldat lui dit :

« Camarade Yermolov, c’est Javad Suleymanzadehh. Il a dit qu’il vous dira tous les noms.

– Enfin! Eh bien, vous avez compris que votre temps d’exécution approche. Je ne t’ai pas reconnu ! Tu as beaucoup maigri. Je t’écoute. »

Je commençai à tousser. Ma voix était très basse. Yermolov n’entendait pas ce que je disait. Je le faisais intentionnellement. Comme il n’entendait pas, il se tenait près de moi. Il ne savait que j’ai la peste. Il ouvrit les yeux et les oreilles et commença à m’écouter. Mais je crachais sur son visage avec tous mes efforts. Je lui crachais dans ses yeux. Soudain, je lui ai mordu sa gorge. Il ne comprenait pas ce que je faisais. Un autre soldat eu peur pour me prendre. Yermolov dit :

« Je vous ordonne de le sortir d’ici !

– Je ne peux pas aider, compagnon Yermolov !

– Quoi ?! », Yermolov était étonné.

C’est la première fois que j’avais souri depuis mon premier jour d’emprisonnement. Je crachai encore une fois sur le visage de Yermolov. Il tira son arme et ouvrit le feu sur moi. La balle toucha mon épaule. Il n’y avait pas de sang dans mon corps. Très peu de saignements vinrent, mais mon cœur éclatait de douleur. Je n’étais pas tombé au sol. Je sortis de son bureau. Je commençai à courir dans le couloir, je voulais me jeter de l’endroit où Vusala s’était suicidée.

***


Le soleil désirait ardemment faire fondre l’île de Nargin au milieu de la mer avec sa chaleur. Les vagues de la mer étaient en compétition pour monter sur le dos de l’autre. Les gens appellent cet endroit l’île infernale. C’était vraiment comme ils disaient. Personne n’avait survécu sur cette île. Les maladies, les exécutions et les suicides étaient des choses normales qui étaient arrivés à tout le monde sur cette île.

La plus brutale personne dans l’histoire de cette île, c’était Yermolov qui a été envoyé ici. Il est décédé aussi à cause de la peste.

Tous les prisonniers l’ont considéré comme une justice de Dieu. Javad Suleymanzadeh était maintenant libre, se jetant du pont. Le visage de son cadavre riait parce qu’il avait le goût de la liberté éternelle.

Fin

Nijat Kazimov

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