Histoire: « L’âge du bronze en Azerbaïdjan ». juillet 3, 2019 – Publié dans Littérosa

On sait que pour se protéger des animaux sauvages, pour résister au froid et à la famine, les hommes de cette époque étaient obligés de vivre soudés. Pour cela, ils utilisaient le feu comme moyen de protection. Le feu dans les conceptions anciennes a été sacralisé ; il était protégé et gardé. Pour maintenir le feu en activité, les hommes ont inventé des objets particuliers. Dans la littérature archéologique, ces objets mobiliers ont été classés selon l’évolution de leur forme au cours des milliers d’années, en parallèle avec le développe- ment des cultures qui les produisaient (brasier, trépied, four, four en argile enterré).

O.H. Habibullayev a trouvé, dans le deuxième niveau de Kultapa I, un foyer qui contenait du charbon et des cendres, ainsi qu’un exemplaire de ces objets : un trépied en forme de fer à cheval. Selon lui, les brasiers ne contenaient que des braises ; il n’y a jamais eu de feu. On les utilisait seulement pour chauffer les maisons en les remplissant de cendres.

B.A. Kuftinin suppose que les trépieds étaient utilisés quotidiennement, dans l’agricul- ture à Kura-Araksi, ainsi que dans les croyances religieuses de cette époque. Deux formes de ces objets ont été trouvées à Gobustan et à Boyukdash. Leur partie intérieure est faite d’argile bien travaillée avec des petits morceaux de pierre, tandis que l’extérieur est fait d’argile. Des pièces de ce type, placées dans les parterres, ont été trouvées à Babadervish, ainsi qu’à Uzarliktapa, Saritapa, Uchtapa et Yastitapa.

Les brasiers présentaient différentes formes. Certains avaient une forme cylindrique à paroi haute. Ce type de brasier a été trouvé par Y.I. Gummel dans le bassin de Gandjacjay. Le type « zoomorphe » a été trouvé non loin ; les hommes de l’époque se prosternaient devant les animaux qui jouaient un important rôle économique. Le scientifique Q.S. Ismaylov a publié des objets de ce type en forme de tête de taureau (Fig. 1). La foi qui a été accordée à ces pièces découle de leur lien avec le feu, qui était sacralisé. Au début, elles ne servaient qu’à un usage quotidien. Mais plus tard, elles ont commencé à porter une valeur religieuse. À l’âge du Bronze, ces pièces sacrées étaient faites d’argile. Toujours dans l’Antiquité, le feu avait une valeur sacrée pour les différents peuples et symbolisait la paix, le calme et le bien-être. On sacrifiait des vaches et des taureaux au nom du feu, afin de démontrer sa sainteté. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle certains objets sont décorés de cornes de taureau, comme celle trouvée à Karakopaktapa. La foi vouée au feu et aux animaux dans les esprits des hommes peuplant ce territoire symbolisait la fertilité.

En ces temps de patriarcat, la force masculine a servi de symbole pour les constructions. Le caractère sacré du feu et la dévotion aux constructions abritant ce feu avaient cours lors des funérailles, tout comme pour l’inhumation et la crémation. Selon V.H. Aliyev, les hommes, considérant le feu comme une force purifiante lors des funérailles, ont transformé le feu et l’homme en sainteté.

On considère que non seulement le feu est entré dans la vie quotidienne, mais a été également diffusé dans le domaine des constructions de protection. Dans le but de se protéger du froid et des animaux sauvages, les hommes se rassemblaient autour du feu. Le même principe s’est reflété dans la construction des murs de bois, de pierres, etc., servant à dire qu’ils étaient construits avec la forme d’un cercle. Le feu a joué un grand rôle dans la vie des tribus peuplant l’Azerbaïdjan antique, de l’âge du Bronze et de l’Énéolithique, y compris dans la vie quotidienne. L’impact religieux du feu à cette époque est ainsi important. En dansant autour du feu avant la chasse (et après, si tout se passait bien), les tribus exprimaient leur foi et leur prosternation devant le feu.

On suppose que la danse nationale azérie dénommée « Yalli » est un héritage de ces danses.


Age du Bronze en Azerbaïdjan. Brasiers zoomorphes (tête de taureau)

La situation socio-politique et les habitats des tribus de l’âge du Bronze sont décrits par les tombes — cromlechs, kourganes, tombes en terre et tombes de pierres. Les tombes se plaçaient, soit sur les plateaux, soit en montagne, selon l’endroit où le défunt vivait. Naturellement, les tombes se situaient sur les rives et autour des lacs. En général, les kourganes se ressemblent ; leur partie extérieure est de forme ronde. Beaucoup de traditions religieuses trouvent leur description dans les tombes. Dans le village Saritapa de Kazakh, on a trouvé des petites figurines d’animaux en argile avec des restes d’alimentation. Selon I.H. Narimanov, les tribus pratiquaient des rituels religieux à cet endroit. Il pense que ces figures montrent l’appartenance de ces tribus de la fin de l’âge du Bronze, à la religion bouddhiste.

Muradova conteste Chechenov quand celui-ci disait que les figures d’argile, représen- tant l’objet de prosternation se sont diffusées au sud de la Méditerranée ou au Proche- Orient ; il insiste sur le fait que la production des figures anthropomorphes à Gobustan a commencé beaucoup plus tôt que dans les autres régions du monde.

Des statues de pierre du Mésolithique ont été trouvées à Kaniza ; de même, des dessins sur roches sont gravés, ce qui prouve qu’en Azerbaïdjan ainsi qu’à Gobustan, la production des sculptures a des racines anciennes.


Age du Bronze en Azerbaïdjan. Inhumation sur le côté gauche, courbé avec les bras pliés, en position fœtale.

L’étude des différentes formes de tombes montre les méthodes d’enterrement et l’idéo- logie religieuse. À cette époque, on enterrait, soit seul, soit en couple, sur le côté droit ou gauche (Fig. 2), courbé avec les bras pliés en position fœtale, sur le dos ou assis. On suppose qu’un squelette placé sur le dos signifie un homme riche, et un squelette assis l’esclave. Ce fait montre l’inégalité civile en Azerbaïdjan à l’âge du Bronze. La soumission des hommes et guerriers d’autres tribus, ainsi que la soumission de leurs esclavages, étaient pratiquées. L’enterrement collectif était pratiqué pour les guerriers et les familles. Ce type d’enterrement porte ainsi un caractère socio-économique. Dans les conditions de la nais- sance de l’inégalité civile, dans certaines tombes, on a trouvé des cadavres assis autour d’un sujet principal, ce qui montre l’existence de l’esclavage.

Gummel a prouvé que l’enterrement collectif était pratiqué par une seule tribu. Les méthodes de crémation et d’inhumation datent de la même période. Selon Gummel, l’enterrement d’un cadavre brûlé a été diffusé dans les régions montagnardes. Narimanov ajoute qu’en Azerbaïdjan, on utilisait la méthode de la crémation à Haut-Karabakh, à la fin de l’âge du Bronze et au début de l’âge du Fer. Dans les kourganes de Khodjaly, on rencontre deux types de tombes.

La crémation était ainsi rencontrée à Gandja. On a trouvé des restes d’os brûlés avec des cendres aux alentours de Balchili, dans le quatrième kourgane (appelé Pashatapa), dans le huitième kourgane au sud de Khanlar, sur la rive droite de la rivière Gandjacjay et dans la nécropole de Zayan à Shamkir. Au sud de l’Azerbaïdjan antique à Karadakh, ainsi qu’à Songoun, les cadavres étaient enterrés après la mise au feu, mais la tête était enterrée à part. Une telle méthode d’enterrement signifiait qu’après la mort, les hommes vont rejoindre leurs familles. Il est intéressant que les cadavres fussent couverts de peinture en poudre (ocre). Cette méthode est rencontrée dans l’Énéolithique du Caucase du Nord et sur les rives du Don. On a trouvé des traces de peinture jaune sur le crâne dans l’un des kourganes, non loin de Gandja, et des traces de peinture rouge sur des os de bassin à Khanlar. Le rouge, selon les croyances antiques, était un symbole de vie. Les hommes souhaitant la poursuite de la vie dans l’autre monde utilisaient la peinture en poudre rouge. Cette méthode d’enterrement avait lieu à l’Énéolithique et s’est poursuivi au début de l’âge du Bronze.

Selon Mohammed Khafizzada, le processus de recouvrement du cadavre avec de la peinture et de l’huile servait à décorer le défunt. Lors de l’enterrement, on utilisait le rouge, le marron, le noir et le jaune. Les couleurs rouge, jaune, orange et marron de la peinture en poudre étaient apparemment produites à partir de minéraux, tandis que le noir était produit à partir d’ossements brûlés.

Sur le territoire de Gandjachay, les chercheurs ont rencontré un cas intéressant : les squelettes étaient découpés en plusieurs parties ! Cette méthode d’enterrement existe aussi au Daghestan. Des cas similaires ont été découverts sur les plateaux, dans les montagnes, dans les kourganes et des tombes en terre.

À la fin de l’Énéolithique et à l’âge du Bronze, les enterrements étaient effectués dans la terre et dans les kourganes. Une innovation a eu lieu au début de l’âge du Bronze : les défunts ont été enterrés en dehors de la zone d’habitat. De cette façon, en analysant les conceptions religieuses et idéologiques différentes, on peut conclure que les méthodes d’enterrement étaient différentes dans les différentes régions de l’Azerbaïdjan antique.

Dans certaines tombes, on trouve des squelettes sans tête. Une telle méthode d’enterre- ment, selon Resler, a été rencontrée à Khanlar, dans les kourganes nos 2 et 32, et dans le douzième kourgane à proximité de Gandja. Des squelettes découpés en plusieurs parties ont été trouvés à Chovdar, Bayan, Gushchou, Mirzik, Ashgi Dashkésah. Suite à une analyse des tombes, Narimanov a supposé qu’après le découpage des cadavres, toutes les parties étaient rassemblées et enterrées ensemble.

Sur les pétroglyphes, on voit le reflet de l’occupation, d’une riche imagination, des conceptions religieuses et les traditions des hommes de l’époque. Dans les années 1960– 1970, des traces de l’âge du Bronze ont été trouvées sur les signes et les dessins sur roches, par Aslanov à Abshéron, par Ismaylov à Kalbadjar, par Aliyev à Ordubad, et par Muradov à Gobustan. Ces signes, gravures et dessins représentent tout d’un coup la prosternation au ciel, le totémisme, les cultes de la nature, la conception antique de la religion, l’attitude envers l’agriculture, le niveau des pensées, la mémoire des ancêtres, etc.

Aida Mamedova

Source:

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0003552103000669

« La poésie azerbaïdjanaise
« 28 avril 1920 ». L’article de Djeyhoun Hadjibeyli »