La poésie azerbaïdjanaise juillet 12, 2019 – Publié dans Littérosa

En des temps lointains, l’Azerbaïdjan était dénommé Odlar Yourdou, « le pays des feux ». Non loin de Bakou, au bourg de Ramany, on peut voir encore les curieux aménagements d’un temple voué au culte pyrolâtre. Selon nombre d’historiens, les Azéris seraient les descendants des Mèdes ; quoi qu’il en soit, les racines de leur poésie plongent au plus profond des siècles, dans les mythes et légendes telle que celle du roi Astiag et de son capitaine félon, déjà rapportée par Hérodote. Avec l’islamisation du pays, à partir du VIIe siècle, l’influence arabe et surtout iranienne ne va cesser de croître, au point que les poètes azéris, parmi les plus grands, s’intégreront harmonieusement dans la littérature persane : Qatran de Tabriz, Khaqani, Nizami (Nêzami) et d’autres. Au XVIe siècle, un nouvel essor de la poésie azerbaïdjanaise marqua le début de sa reconquête par l’azéri (langue turcique) : l’immense Fizouli, auteur de Leïla et Mezdjnoun, écrivait aussi bien en azéri qu’en arabe ou farsi.

Khaqani Shirvani (vers 1120-1199)

Khagani Shirvani

Roubaïs (quatrains)

Tu traînes toujours avec toi une cage…
Tous les oiseaux ont regagné leurs branchages,
Seul l’oiseau Khaqani reste en ta volière :
Notre siècle l’a mis là en esclavage.

*

Mon amour, je clamais sans trêve ton nom,
Et me poursuivait dans mes rêves ton nom.
Tout le sang de mes veines n’a fait qu’un tour
En entendant sur d’autres lèvres ton nom.

*

Mes gémissements emplissent l’univers,
Mes larmes ont voilé du ciel les paupières,
Dans le pied de l’espoir se plante une épine,
À la vitre de ma vie cogne une pierre.     

Shah-Ismaïl Hataï (1486-1524)

Shah-Ismaïl Hataï

La pierre

O pierre, quel est ton mystère ?
Ton grand secret, quel est-il donc ?
Si l’on interroge la pierre,
Seul le silence nous répond.

La pierre est sans âme et langage
Mais son histoire a commencé
Quand les hommes, aux premiers âges,
Sur un sentier l’ont ramassée.

Ainsi, au fil du temps, la pierre
Avec nous a fait son chemin :
Quelquefois dalle funéraire,
Quelquefois statue d’un humain.

Seid-Azim Shirvani (1838-1888)

Seid-Azim Shirvani

Le khan et le paysan

Revenant un jour des champs,
Un paysan rencontra le khan.
Il s’inclina jusqu’à terre,
Mais l’autre répondit en colère :

« Écarte-toi, fils de chien !
Groin de cochon, je te pendrais bien ! »

Et le paysan la joie dans l’âme,
Rentra vite chez sa femme
Qui, le voyant aussi joyeux,
Demanda : « Mon astre radieux,
O mon maître providentiel,
La Voie lactée de mon ciel,
Toi qui illumines ma vie,
Dis-moi donc ce qui te ravit ? »

Et lui répondit : « Tout à l’heure
J’ai vu le khan, notre bon seigneur,
Je me suis prosterné,
Et puis il a daigné me parler ! »

Henri Arbil

Source: henriabril.fr

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