« Le défis de la littérature face à la technologie numérique ». Qan Turali septembre 22, 2019 – Publié dans Littérosa – Tags: , , , , ,

Qan Turali

Qan Turali est un journaliste et écrivain azerbaïdjanais, il est également professeur de la philopsophie à l’université de langues d’Azerbaïdjan. Il est l’auteur de six romans.

Je m’excuse de vous rendre triste, mais…

Je m’adonne de plus en plus aux prévisions les plus pessimistes sur l’avenir du monde. Mais, surtout sur l’avenir de la littérature… La littérature dysptopique a quatre chefs-d’œuvre : Eugène Zamiatine « Nous autres », George Orwell « 1984 », Aldous Huxley « Le meilleur des mondes », Ray Bradbury « 451 »… Chacun a été écrit à différentes époques et par différents angles de vue, mais il y a une chose en commun : « Il n’y a pas de littérature dans tous ces avenirs effrayants ».

Le monde suit le scénario de ces prophètes du pessimisme. Oui, la période a tellement évolué que, littérature n’enchante plus personne. Comme il est décrit dans la série « Black mirror », tout le monde est tellement sur son téléphone que, si le ciel devenait marron, on ne serait informé qu’une semaine plus tard.

Oui, la littérature ne devrait pas n’être qu’un loisir. Mais, jusqu’à hier, les gens passaient leur temps libre en lisant des romans. Un écrivain a dit : « le temps est la source de la culture. Maintenant, les gens n’ont plus de temps libre… » Comme Cem Yilmaz l’a dit, « qu’est-ce que l’on ferait sans ces appareils ? ». Et lui-même complétait sa phrase : « Mais, que faisons-nous maintenant ? » Tout devient de plus en plus virtuel.

Nous voyons, nous interprétons le monde tel qu’on le voit par l’écran du téléphone et nous vivons là-bas. Nous vivons dans un monde de simulation. Nos sentiments deviennent aveugles. Nos amours deviennent gris, ils meurent, ils sont de moins en moins forts. La mort ne nous terrifie plus, étant donné que la vie est un jeu d’ordinateur.

Ce nouveau monde est si fort que, les Tolstoï et les Kafka sont impuissants devant lui. Toutes nos vies sont tranférées au téléphone. Pas seulement les réseaux sociaux… Les cinémas ont aussi presque disparu . Tout se passe sur « Neflix », « Amazon » ou « Apple Tv ». Comme si cela était la nouvelle forme de gestion des masses.

Le monde entier regarde « Neflix », tout le monde attend avec la même passion « La casa de Papel ». Même l’anarchisme nous regarde à partir d’un écran. Tout le monde s’est détaché de la réalité et vit dans sa réalité fausse et artificielle.



Les enfants sont passionnés par les jeux vidéo. La vraie vie a commencé à être plus ennuyeuse. Face à cet ennui, les gens s’enfuient pour ne pas rendre le monde meilleur. Sur les réseaux sociaux, tout le monde est plus intelligent, plus beau et plus brave qu’il n’est. Qui se souviendra de la littérature dans ces circonstances ?

Les générations grandissent et se développent sans littérature. A la Silicon Valley, quelques personnes ayant créés ce nouveau monde se retrouvent seules. Par exemple : l’un des directeurs de « Facebook », Martines Orkas vit sa solitude et dit : « J’ai vu l’avenir dans la vallée du silicium. Toutes les choses seront pires, vous ne pourrez même pas imaginer. La culture va complètement s’effondrer. C’est pourquoi, je suis là. »

Que devrions-nous faire ? Nous devons lire plus de romans, plus de poésies. Nous devons croire aux grands maîtres de notre âme… Parce que, la littérature constitue les êtres que nous sommes aujourd’hui, elle nous sauve de tout hypocrisie, elle rappelle aux gens qu’ils sont des gens.

Si nous nous éloignons de notre littérature, si nous fermons les yeux sur les exigences de notre monde spirituel, nous deviendrons d’autres êtres, nous changerons. Il n’y a pas de plus grand élixir que la littérature. Si les choses que nous faisons sont hors de notre action, nous ressemblerons à quoi ? A un robot insensible et impassible… C’est pourquoi, il est temps d’éviter d’être qu’un utilisateur, c’est le moment d’être humain. Sans doute, l’humanité n’a jamais été face à une pareille épreuve.

Traduction par Chahana Karim

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayant droit ou ayant cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

« « Une brève histoire de la littérature ouzbèke ». Nijat Kazimov
Une formidable découverte artistique du Ballet National de l’opéra Abaï du Kazakhstan »