Les 10 meilleurs écrivains de la Turquie moderne octobre 1, 2019 – Publié dans Littérosa – Tags: , , ,

La Turquie a produit certains des écrivains les plus estimés du XXe siècle, avec des littératures allant de la poésie révolutionnaire profondément enracinée politiquement aux romans de fiction mettant en lumière les mystères exotiques du pays et de la culture turcs.

1. Nazım Hikmet

Nazim Hikmet est l’une des plus importantes figures de la littérature turque du XXe siècle.

Ambiance feutrée à Istanbul : Nâzim, enfant, est bercé par la poésie de son grand-père Pacha, un haut fonctionnaire ottoman, et par sa mère, Djélilé, artiste férue de culture française.

Révolté par l’occupation d’Istanbul par les puissances alliées après la première guerre mondiale, exalté par la lutte des paysans turcs pour l’indépendance et enthousiasmé par la révolution d’Octobre, il a tout juste vingt ans quand il part à Moscou, en 1922.

Il retourne en Turquie en 1924, après la guerre d’indépendance, mais, victime de persécutions, car c’est désormais un « rouge », il repart à Moscou en 1926 et multiplie les allers-retours.

Communiste parce qu’il aime tout, passionnément, la liberté, son pays, son peuple et ses femmes, il devient le génie en exil de l’avant-garde turque.

De retour en Turquie, il est condamné en 1938 à vingt-huit ans d’emprisonnement, car il a publié, en 1936, un éloge de la révolte, L’Épopée de Sheik Bedrettin, ou le combat d’un paysan contre les forces de l’Empire ottoman. Il est libéré en 1949 grâce à l’action d’un comité international de soutien, formé à Paris par ses camarades Jean-Paul Sartre, Pablo Picasso et Paul Robeson.

Hikmet est constamment surveillé. Il échappe miraculeusement à deux tentatives de meurtre, mais ne parvient pas à être exempté du service militaire, qu’on lui demande d’effectuer à cinquante ans. C’est la guerre froide, et il milite contre la prolifération de l’armement nucléaire.

Devenu membre très actif du Conseil mondial de la paix, le poète chante l’Internationale, mais ne tait pas son rejet du stalinisme. Citoyen polonais suite à la perte, immense, de la nationalité turque, il voyage partout, pour tromper l’exil. En Europe, en Afrique et en Amérique du Sud seulement, car les États-Unis lui refusent un visa.

2. Ahmet Hamdi Tanpınar

Ahmet Hamdi Tanpınar est un des plus importants romanciers et essayistes de la littérature turque.

Après avoir abandonné ses études à l’école vétérinaire, il reprend son cursus à la Faculté des lettres de l’Université d’Istanbul dont il sort diplômé en 1923.

Il enseigne la littérature au lycée, à Erzurum (1923-1924), Konya et Ankara, à l’École normale de Gazi et à l’Académie des Beaux-Arts, où il donne des cours d’esthétique, d’histoire de l’art et de mythologie, en plus de son enseignement de littérature (1932-1939). De 1942 à 1946, il est député de Kahramanmaraş à la Grande assemblée nationale de Turquie.

En 1953, il entreprend un grand voyage en Europe, qui le conduit pendant six mois dans de nombreux pays : France, Belgique, Pays Bas, Angleterre, Espagne et Italie. Gardant ses distances vis-à-vis du « réalisme social », il se montre, dans ses nouvelles (les Rêves d’Abdullah Efendi, 1943 ; Pluie d’été, 1955), ses essais (Cinq Villes, 1946), ses romans (Sérénité, 1949 ; l’Institut de réglage des montres et pendules, 1962) et ses poèmes (Poésies, 1961), très intéressé par les questions d’esthétique et de psychologie.

3. Yasar Kemal


Yachar Kemal (Kemal Sağdıkgöğceli) est un romancier et journaliste turc, d’origine kurde.

Issu d’une famille pauvre, il doit abandonner ses études après l’école primaire. Il pratique divers métiers, tout en publiant de la poésie. Il passe une année en prison en 1950 pour « propagande communiste », puis travaille pour le quotidien Cumhuriyet. Son roman « Mèmed le Mince » lui apporte le succès en 1955. Il est pressenti pour le Prix Nobel de littérature en 1972 et reçoit la Légion d’honneur en 1984.

Yasar Kemal est condamné en 1996 par la cour de sûreté de l’Etat à un an et huit mois de prison pour un article intitulé «Le ciel noir de la Turquie» publié en 1995 dans le livre « La liberté d’expression et la Turquie » et qui dénonce le traitement de la question kurde par l’Etat turc.

Son style mélange une narration tirée des traditions orales des bardes turcs et une influence plus occidentale dans un genre proche du courant de conscience.

4. Bilge Karasu

Karasu a étudié la philosophie à l’université d’Istanbul et a travaillé au service des diffusions pour l’étranger à la radio d’Ankara.

En 1974, il fut chargé d’enseignement à l’université d’Ankara.

Il a commencé à publier ses nouvelles en 1950. Le prix de la Société de la langue turque lui fut attribué pour sa traduction de The Man who Died de D. H. Lawrence, le prix Sait Faik de la nouvelle pour son recueil Uzun Sürmüs Bir Günün Aksami (Le Soir d’une journée qui fut longue, 1971), et le prix Pegasus pour son roman Gece (La Nuit, 1991).

5. Orhan Pamuk

Il étudie l’architecture dans une université stambouliote qu’il abandonne pour suivre une formation de journaliste. Son diplôme obtenu, il s’enferme dans l’appartement familial pour se consacrer à l’écriture. Il rédige des nouvelles dont la première sort en 1979.

Le premier roman de Pamuk, « Cevdet Bey et ses fils » (1982), trouve difficilement un éditeur, mais rencontre des critiques favorables lors de sa parution et se voit attribuer plusieurs prix littéraires en Turquie.

Invité comme boursier à l’université de Columbia, il passe trois ans à New York entre 1985 et 1988. Pamuk a effectué plusieurs autres longs séjours aux États-Unis en qualité d’auteur invité, notamment à l’université de l’Iowa. Il emploie son temps libre pour conduire ses recherches et écrire son roman « Le Livre noir ».

En 1991, Pamuk remporte le prix de la Découverte européenne avec son roman « La Maison du silence », paru en 1983 et reçoit le prix Médicis étranger en 2005 pour « Neige ».

Au début 2005, Orhan Pamuk fait l’objet de menaces et une assignation à comparaître devant les tribunaux, en affirmant l’existence du génocide arménien lors d’un entretien à un journal suisse. Les poursuites sont finalement abandonnées le 22 janvier 2006 sous la pression internationale.

En 2006, l’Académie suédoise annonce que le prix Nobel de littérature est décerné à Orhan Pamuk « qui, à la recherche de l’âme mélancolique de sa ville natale, a trouvé de nouvelles images spirituelles pour le combat et l’entrelacement des cultures ».

En 2012, La ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, lui remet la légion d’honneur. La même année, il reçoit le prix Sonning, la plus grande récompense culturelle au Danemark, attribué par l’université de Copenhague qui distingue un travail en faveur de la culture européenne.

Son style littéraire est un subtil mélange entre le monde arabo-musulman et l Occident, il décrit lui-même son œuvre dans ce sens : « Chacun de mes livres est né d’idées volées sans honte aux expérimentations du roman occidental, et mélangées avec les contes de la tradition islamique. Du contact de ces deux styles dangereusement assemblés naît une étincelle violente, éclectique, dadaïste. ».

Pamuk est l’auteur notamment de : « Mon nom est Rouge », « La Vie nouvelle », « Le Château blanc » et « Le Musée de l’innocence ».
En 2014, il publie « Cette chose étrange en moi » et en 2019, « La Femme aux cheveux Roux »

6. Sabahattin Ali

Sabahattin Ali publie ses premières nouvelles dans les années trente.

À la suite d’un écrit satirique critiquant Atatürk, il est accusé de propagande et emprisonné. Il devient la cible des nationalistes turcs après la parution du Diable qui est en nous en 1940.

Il est assassiné en 1948 alors qu’il tente de fuir vers la Bulgarie.

7. Sait Faik


Sait Faik Abasiyanik est l’un des écrivains turcs d’histoires courtes et de poésie des plus connus de Turquie.

Il a étudié à l’Erkek Lisesi d’Istanbul.

Il s’est inscrit dans le département Turcologie de l’Université d’Istanbul en 1928, mais sous la pression de son père est allé en Suisse pour y étudier l’économie en 1930.

Après quelques années passées en Suisse, il quitte l’école et a vécu pendant trois ans à Grenoble en France une expérience qui a eu un impact profond sur son art et son caractère.

Il rentre en Turquie en 1935 et s’essaie à divers métiers. Après son retour en Turquie, il a enseigné le turc dans l’école arménienne Halıcıoğlu pour des orphelins, et essayé de suivre les désirs de ses père et de se lancer en affaires mais en vain.

Sa carrière littéraire commence dès 1925, avec des poèmes, mais il doit sa célébrité à ses nouvelles qui peignent la vie difficile des petits gens d’Istanbul.

Il a consacré sa vie à l’écriture après 1934.

Il a été publié sous le nom de plume de Sait Faik, se autres noms étaient Adali, Sait Faik Adali, et SF.

8. Melih Cevdet Anday

Melih Cevdet Anday est un poète et écrivain turc.

En 1931, sa famille quitte Istanbul pour la nouvelle capitale, Ankara. Il y entreprend des études de droit en même temps qu’il travaille comme employé des chemins de fer. Puis, ayant obtenu une bourse d’État, il suit des études de sociologie à Bruxelles.

Dès le début de la guerre, il regagne Ankara. Il entre alors au ministère de l’Éducation nationale où il participe à l’énorme travail de purification de la langue et de traduction des œuvres classiques lancé par Mustafa Kemal Atatürk.

En 1941 paraît son premier recueil, « Garip », écrit en collaboration avec Orhan Veli et Oktay Rifat.

En 1953, Anday démissionne de son poste au ministère pour se consacrer entièrement à la littérature. Des essais et articles paraissent dans divers quotidiens. Il enseigne, d’autre part, la littérature et la phonétique turques au Conservatoire d’Istanbul, après 1954.

Après une année passée à Paris comme conseiller culturel de 1979 à 1980, Melih Cevdet Anday a repris ses activités à Istanbul où il collabore en particulier aux grands quotidiens turcs « Cumhürriyet » et « Milliyet ».

9. Elif Shafak

Elif Şafak, ou Elif Shafak, est une écrivaine turque.

Elle est la fille d’une diplomate turque. Élevée par sa mère après le divorce de ses parents, elle a passé son adolescence à Madrid puis à Amman, en Jordanie, avant de retourner en Turquie.

Diplômée en relations internationales de la Middle East Technical University d’Ankara, elle est aussi titulaire d’un master en genre et études féminines dont le mémoire portait sur la circulaire Compréhension des derviches hétérodoxes de l’islam.

En 1998, elle obtient pour son premier roman, « Pinhan », le Prix Mevlana récompensant les œuvres littéraires mystiques en Turquie.

« The Saint Of Incipient Insanities » (2004) est le premier roman que Şafak écrit en anglais. Elle y raconte les vies d’immigrants musulmans à Boston et visite le sentiment d’exclusion que ceux-ci peuvent ressentir aux États-Unis.

Lorsqu’elle y met la touche finale en 2002, Şafak est chargée de cours au Mount Holyoke College (dans le Massachusetts) auprès de la chaire de Women’s Studies.

Elle enseigne ensuite à l’université du Michigan dans la discipline “Gender and Women’s Studies”. L’année suivante, elle devient professeur à temps plein au département des Études du Proche-Orient à l’université d’Arizona.

Après la naissance de sa fille en 2006, Şafak souffre de dépression post-partum pendant plus de 10 mois. Elle aborde cette période dans son premier roman autobiographique (« Lait noir ») et y combine fiction et diverses formes de non-fiction.

Internationalement reconnue, elle est l’auteur d’une douzaine de livres, dont « La Bâtarde d’Istanbul » et « Bonbon Palace » qui sont des best-sellers en Turquie.

Elif Şafak écrit aussi des articles pour des journaux et magazines en Europe et aux États-Unis, des scripts pour séries télévisées et des paroles de chansons pour des musiciens rock.

Mariée à Eyüp Can, journaliste turc, rédacteur en chef du quotidien Referans, et mère de deux enfants, elle vit à Istanbul.

10. Oguz Atay


Oğuz Atay, né le 12 octobre 1934 à İnebolu et mort le 13 décembre 1977 à Istanbul, est un écrivain turc, pionnier du roman moderne et postmoderne en Turquie. Il est aujourd’hui considéré comme un auteur culte et une figure majeure de la littérature turque.

Source du texte: Babelio

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