Comment lire « les écrits en ligne » … Kismat Rustamov octobre 18, 2019 – Publié dans Littérosa – Tags: , , , , , , ,

Kismat Rustamov

Kismat Rustamov est un poète azerbaïdjanais, né à Bakou , il est l’un des poètes les plus célèbres d’aujourd’hui : en incluant la modernité comme motif poétique, il a rompu avec l’esthétique classique ; il est aussi celui qui a popularisé le poème en prose. Kismat écrit plusieurs essais sur la littérature du monde entier jusqu’à nos jours.

Le côté le plus saillant de l’art moderne est la disparition des limites nettes, dures et des murs. Aujourd’hui, dans le monde entier, les méthodes interdisciplinaires sont plus actuelles. En fait, l’intégration des domaines d’art différents n’est pas un échange de point de vue. Cela a existé à différents niveaux, dans les siècles précédents, mais aujourd’hui cette inclination est devenue l’une des priorités.
Aujourd’hui, les domaines que nous appelons « art », « maîtrise » ou « science » étaient à l’intérieur du système général de l’art jusqu’au XVIe siècle. C’est-à-dire, tous les domaines qui demandaient du talent, de la maîtrise technique, du travail mental, des moyens de production avaient été compris dans l’ensemble. Au cours des XVIe-XVIIe siècles, la désagrégation et la séparation dans l’art imaginé autrefois comme un ensemble commencèrent à apparaître par les constructions des académies. Mais c’est dans la seconde moitié du XVIIIe siècle que l’art s’est séparé des domaines qui exigent d’autres maîtrises techniques et est devenu un domaine distinct. Les disputes nécessaires théoriques de cette époque ont fait le lien de l’indépendance et de la souveraineté des domaines de l’art. Entre ces disputes, l’œuvre Laocoon édité en 1764 par le penseur célèbre et le critique littéraire allemand, Gotthold Lessing, devint célèbre. Dans cette œuvre, Lessing divisait l’art en deux parties : l’art du temps et l’art de l’espace. Selon lui, les arts qui expriment les sujets littéraires à l’intérieur du courant du temps sont les arts du temps et ceux qui expriment un moment du temps dans un espace concret sont les arts de l’espace. Par exemple, la sculpture, la peinture. Car, la littérature exprime son sujet à l’intérieur d’un temps large, mais les arts comme la sculpture ou la peinture deviennent une substance ou un statique dans un espace concret. Selon l’auteur, chaque art peut réussir en créant ses règles indépendantes et en se soumettant à ces règles.

Gotthold Lessing


Et aussi, au XIXe siècle, l’intégration a été discutée entre les formes de l’art et les domaines de l’art. Les romantiques allemands ont exprimé leurs idées contre la désagrégation parmi les domaines de l’art. Ils avaient dit que, la création des précipices entre l’art, la nature et la science va dérégler l’intégrité du monde. Par exemple, le penseur célèbre Schlegel parlait de « la poésie universelle avançant sans pause », disait que toutes limites et règles deviennent limpides.
Les années suivantes, le compositeur légendaire, Richard Wagner était contre la séparation des formes de l’art et il a parlé de la possibilité de trouver les nouvelles formes entre les domaines de l’art en traversant les limites graves. Le compositeur soumettait la notion de « Gesamkuntswerk » à l’opposé de la séparation des domaines de l’art, dans son article « Art et Révolution » écrit en 1849. Pour Wagner, une œuvre d’art parfaite est un drame comme celui en Grèce antique. Selon lui, toute œuvre d’art peut être créée en trouvant les points similaires de la poésie, de la musique, de la danse et aussi les différents domaines de l’art jusqu’à l’architecture « en représentation théâtrale ».

Richard Wagner


Au début du XIXe siècle, les critiques du modernisme esthétique soutenaient l’autonomie des arts, l’indépendance des arts, la définition des limites entre les types d’art comme Lessing. Par exemple, selon Clement Greenberg, chaque art doit se nettoyer des moyens concernés d’autres domaines de l’art. Mais, au XXe siècle, à la suite des polémiques entamées par les futuristes, les dadaïstes et ensuite les post-modernistes, ces approches ont commencé à perdre de la valeur, mais aujourd’hui, elles sont complètement inefficaces. Dans le livre célèbre de grand critique littéraire américain, Leslie Fiedler, écrivait que « Aujourd’hui, on s’est remplie déjà les fosses, entre les domaines de l’art et les limites ont été dépassées. »
Nous essayons d’ouvrir un peu cette question. Au début du XXe siècle, les artistes avant-gardistes ont lancer une grande polémique. Leurs questions étaient très simples : « Pourquoi, dans l’ambiance d’art les choses concernées au passé sont-elles plus privilégiées ? Pourquoi la société les protège, les restaure, les garde dans des musées, les investit, mais les autres choses sont hors d’attention, leurs avenirs ont été laissé au destin ? » Ces questions ont plusieurs réponses, mais déjà aucune réponse ne semble être convaincante. C’est pourquoi, pour garder la question à jour et faire continuer la polémique, le futuriste Tomasso Marinetti avait dit qu’une voiture ou un avion moderne est plus belle/beau que les statues grecques antiques. On demandait « Quelles sont les critères qui ont plus valorisé les poteries et les cuillères en bois des inventions actuelles ? » On disait, « c’est absurde de considérer comme précieux le passé plutôt que l’avenir, parce que nous ne vivons pas dans le passé mais dans le présent ». Ainsi, les critiques s’adressèrent aux musées à cette époque-là. Mais cette polémique ne s’est pas révélée soudainement. Ces opinions étaient l’écho des discours d’égalité de cette époque concernant la vie socio-politique et la démocratie. En même temps de la demande des droits égaux des gens, des politiciens, les avocats, les activistes, et les artistes avant-gardistes demandaient également l’égalité des périodes historiques, des espaces et des choses. Bien que, leur mouvement n’eût pas d’effet, pendant 40 ans au total, regarder toutes les choses solides, statiques, canoniques avec suspicion était devenue inévitable.
Au milieu du XXe siècle, beaucoup de changements de paradigme se sont tenus dans les différents domaines différents. La notion de « beaucoup » s’est élargie. Par exemple, le grand homme de lettres français, Roland Barthes a élargi les limites de la notion de « Texte » que l’on utilisait avant seulement pour les exemples de littérature écrite. Barthes a élargi la géographie du « texte » en lisant la photo et le film sous forme de texte. Un autre exemple est le nouveau sens de la notion du « village global » et du « média » que le grand théoricien français, Marshall McLuhan a utilisé dans son livre célèbre La galaxie de Gutenberg. Le mot latin, média signifie « le moyen, la médiation » et ce mot était utilisé seulement pour exprimer les médias de masse, le nouveau journal, la radio et la télévision. McLuhan a élargi les limites de de mot pour qu’il comprenne tous les domaines de l’art. Selon McLuhan, le média en tout est la continuation d’un homme : le roux est la continuité de nos pieds, le livre est celle des yeux, les vêtements sont celle de peau, les réseaux sociaux sont celle de notre système nerveux. Selon le scientifique, l’homme a créé la suite de toutes choses qui essayent d’exister avec le corps et toutes choses qui planifient d’exister dans la pensée. Ce sont tous les moyens. C’est-à-dire le média.

Marshall McLuhan


Au XXe siècle, le genre humain a fait un pas à une autre période grâce à la découverte d’Internet et ensuite l’entrée dans la vie des gens des smartphones et des réseaux sociaux. C’est une nouvelle période des réalités virtuelles. La littérature avait dû se prouver après la découverte de la photographie, le film, la télévision et aussi, les nouvelles recherches ont commencé dans les formes d’expression artistique après l’entrée dans notre vie d’Internet et des réseaux sociaux. Les manuscrits sont devenus des documents « Word », le livre imprimé est devenu un « e-book ». Il n’y a plus de murs et de limites pour accéder à la littérature d’aujourd’hui, tout est accessible et en ligne. Le monde est sous un bouton avec lequel nous pouvons être informé. Aujourd’hui, les méthodes traditionnelles de l’art et aussi les exemples d’art, les hypertextes, la littérature de réseau sont en train de se développer avec une vitesse fabuleuse. On porte une attention particulière à ce domaine, les tribunaux sont installés et des sièges sont crées dans les universités principales du monde. Les scientifiques des pays mondiaux ont déjà compris que l’art de l’avenir sera liée aux médias électroniques, aux réseaux sociaux d’une manière irréversible. Par exemple, la bibliothèque publique de New-York qui a utilisé les nouvelles technologies il y a deux ans a proposé le nouveau un format pour le roman : « insta-roman ». Sur le réseau social Instagram, les versions des célèbres textes classiques comme « La Métamorphose » de Kafka sont publiées. Le représentant de cette bibliothèque a dit dans sa déclaration à la presse qu’il était difficile de susciter l’intérêt et civiliser par l’ancienne méthode la nouvelle génération qui a grandi avec les moyens électroniques et qui a toujours connu les réseaux sociaux depuis sa naissance. C’est pourquoi, ils essayent de parler dans leur langue.
L’odeur du papier et sa charge matérielle ont de la valeur pour les gens qui ont grandi avec les livres classiques, et les boutons et les fonctions de tout outils technologiques sont précieux et vitaux pour une nouvelle génération qui connait les tablettes, les smartphones et les livres électroniques.
Dans le monde d’aujourd’hui, le sens humain de la réalité ou son point de vue sont brisés continuellement par les liens sur les réseaux sociaux et sont dirigés à d’autres adresses. C’est un monde décentralisé. Pour exprimer un tel monde, les méthodes traditionnelles ne fonctionnent pas toujours, ici on a besoin des nouvelles expérimentations.
Ces dernières années, j’ai lu quelques livres qui essayaient d’exprimer cette réalité fragmentaire d’une manière qui leur convenait. Le plus intéressant d’entre eux était le livre Besoin de réel de David Shields qui est un célèbre critique américain de la nouvelle ère. Ce livre théorique compose les parties d’une phrase, d’un paragraphe. Il semble que le livre a été écrit comme des statuts Facebook. L’auteur dit lui-même que la méthode de la nouvelle ère est un collage littéraire, c’est-à-dire, l’assemblage des fragments et des parties intéressants des domaines différents.
Ces dernières années, dans notre littérature, nous pouvons voir l’expression de la réalité d’une manière fragmentaire dans le livre de Reshad Medjid intitulé « Les écrits en ligne : les statuts-les essais, SMS-les essais ». Reshad Medjid écrit les textes rappelant tantôt la réplique et tantôt une esquisse d’un article à écrire à l’avenir, en synthétisant des SMS et des essais. L’académicien İsa Habibbeyli écrit dans la préface de ce livre : « Les statuts et les SMS de Reshad Medjid sont les esquisses d’un roman ».
Je me suis souvenu à ce moment-là, de Lydia Davis qui est la gagnante du « Prix International Man Booker 2013 » et qui est maître des histoires minimalistes. Je pense que Reshad Medjid (auteur contemporaine d’azerbaïdjanais) pourra écrire ce type de livre, des histoires et des romans à l’avenir. Lydia Davis était mariée au célèbre écrivain Paul Auster. De cette union ils eurent un fils, Daniel. Les histoires courtes de Lydia Davis ressemblent au flash clignotant de l’appareil photo ou à un coup de tonnerre. Quand j’ai lu pour la première fois le livre des histoires de Davis qui a reçu le prix de Booker, je m’étais trompé : certains étaient seulement une phrase et d’autres simplement un paragraphe. Aucune de ses histoires n’excède pas une page. Il est possible de lire ce livre du milieu en ouvrant une page au hasard comme une encyclopédie. À l’intérieur de la fragmentation et le minimalisme, il y a l’abondance des informations et la richesse des détails liées aux gens, à la vie et à notre place dans le monde. Alors, lisons une histoire de Lydia Davis.

« Le poil de chien »

Le chien est parti. Il nous manque. Quand la porte frappe, personne n’aboie plus. Quand nous rentrons à la maison, personne ne nous attend. Nous rencontrons toujours les poils blancs autour de notre maison et sur nos vêtements. Nous ramassons les poils. En fait, nous devons les jeter. Mais, ce sont seulement ses poils qui nous restent. Nous ne les jetons pas. Nous n’avons qu’un désir excitable : si nous pouvons ramasser assez de poil, peut-être nous pourrons recréer le chien.
C’est tout. Si une histoire s’est placée à l’intérieur d’un écrit, il faut donc terminer cet article.

Traduction par Chahana Karim

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