« J+10 après l’annonce du confinement » Jean-Emmanuel Medina avril 10, 2020 – Publié dans Littérosa – Tags: , , , ,

Jean-Emmanuel Medina, après avoir obtenu un doctorat en droit international en 2010, il décide de devenir avocat. Il prête serment en Alsace puis s’installe  au Barreau de Strasbourg. En 2017, il co-fonde les Éditions Kapaz.


J+10 après l’annonce du confinement (27 mars 2020)


J+10 après l’annonce du confinement (27 mars 2020)

Aujourd’hui, je suis resté pleinement confiné, pas de dossier à traiter en matière de liberté m’obligeant à me rendre au tribunal, ni d’autres questions urgentes en matière pénale. La semaine prend fin mais je n’en ressens pas la satisfaction ou le plaisir habituel, le confinement brouille mes repères temporels et mon rythme hebdomadaire.

Je me suis consacré à la lecture de livres, de vrais livres en papier ! Oui ! Quel plaisir de tourner les pages avec ce petit bruit distinctif, et de sentir l’ouvrage chargé d’une émotion qui prend plus d’ampleur à mesure que l’on entre dans l’intimité des pages. J’ai donc mis de côté mon téléphone et je ne m’en porte pas plus mal. J’ai même pris le temps d’effectuer plusieurs séances d’exercices sportifs. J’ai conscience que si je ne m’entraîne pas, je vais perdre ma condition physique, gagnée au prix d’une régularité qui n’avait jamais faiblit depuis des mois. Ces passe-temps me font indubitablement du bien au corps et à l’âme mais je ne peux pas ignorer les enjeux sanitaires dont le bilan s’aggrave. J’entends toute la journée les hélicoptères décoller et atterrir pour le transport de malades en région. Les va-et-vient des appareils me rappellent sans cesse que la vie de nombreuses personnes est en suspens, une pensée profonde et pieuse me gagne pour eux et leurs familles…

En fin de journée, je prends connaissance de toutes les notifications que j’ai reçues. Une a davantage attiré mon attention, elle concerne l’utilisation de l’hydroxychloroquine. Ce que je lis me révolte ! Après avoir publié la veille un décret autorisant l’utilisation de la molécule pour le traitement du Covid-19, le gouvernement a limité cette prescription aux personnes en état grave ! QUOI !? Ce revirement est inacceptable, me dis-je, et particulièrement anxiogène car il donne l’impression d’un certain amateurisme des dirigeants jusqu’au plus haut sommet de l’État. Cette nouvelle me fait bondir, je rage, exaspéré par autant d’atermoiement alors que l’on sait que tout traitement, quelle que soit la maladie, est plus efficace au début et que l’action s’amenuise à mesure que le corps s’affaiblit et que le mal monte en puissance.

Il est vrai que la polémique qui enfle et que j’ai vue arriver bien avant que les médias ne s’y intéressent, sur la meilleure thérapeutique à adopter afin de lutter contre le Covid-19 en l’absence de vaccin, laisse entrevoir les failles de notre système politico-médical. Bien que n’étant pas Docteur en médecine de formation, mon intérêt pour cette matière ne s’est jamais essoufflé depuis plus de 20 ans. Je m’intéresse à « trouver », en dehors de la doxa médico-pharmaceutique, des solutions thérapeutiques, peu coûteuses, plus naturelles et moins invasives.

La controverse est partie de Marseille, le professeur Raoult, infectiologue de renom à l’apparence peu commune pour un médecin et dont j’avais déjà lu quelques écrits scientifiques affirme, sur la base de ses études et celles menées par les praticiens hospitaliers chinois pendant le confinement de la ville de Wuhan, qu’il faut administrer au malade, dès le début de l’infection déclarée, de l’hydroxychloroquine (antipaludéen connu depuis plus de 50 ans) associée à de l’Azithromycine (antibiotique de type macrolide). Bien que les médias aient commencé par dire que ce traitement était une « fake news », pas un seul journal papier, télévisé ou numérique, ne fait l’impasse sur cette question ces derniers jours et encore moins la veille d’un week-end qui s’annonce encore plus dramatique. En France, on dénombre ce vendredi 1 995 morts, en Espagne 4 858 et en Italie 9 134. C’est pour le moins choquant ! Il n’y a pas de mots pour décrire le drame sanitaire dont à l’issue, certains chercheront à trouver les responsables…

Les nombreuses hésitations et la volte-face du gouvernement sur l’utilisation de la chloroquine fissurent la crédibilité gouvernementale et laissent ouvertes les critiques. Le cocktail médicamenteux proposé par le professeur Raoult, dont l’efficacité semble avoir été démontrée, est clairement ignoré par les dirigeants politiques en place alors que partout en France et ailleurs dans le monde, des voix s’élèvent pour exiger son utilisation. D’ailleurs, certains politiques et personnalités du monde intellectuel et médiatique ont été traités avec la solution du Professeur Raoult, sans que leur santé ait eu à en souffrir. En réalité, au travers de cette problématique, on voit s’opposer deux mondes : « Paris » et la suffisance de ses élites que beaucoup considèrent comme des affairistes, à la « province » plus humble et plus indépendante des forces médico-financières. Une fois encore, l’argent semble être le vecteur sournois des décisions politiques.

La journée est finalement passée rapidement, je vais essayer de faire comme si j’avais bien mérité le repos sabbatique qui arrive à mesure que le soleil se couche… Avec ironie et autodérision, je me dis pour me convaincre que je combats la progression du virus en sacrifiant une part de ma liberté… Je me prépare donc au repos !

Alors que je n’attends plus d’appels, mon téléphone sonne à 18h20. C’est la fille d’une cliente, dont j’ai en charge les intérêts économiques et familiaux depuis deux ans, qui m’appelle. Je suis surpris, je me dis qu’en pleine crise sanitaire, j’espère qu’elle ne m’appelle pas pour me parler de sa SCI familiale dont j’ai en charge la constitution, car je ne peux aller chercher le kbis en raison de la fermeture des tribunaux pour les affaires non fondamentales. Je décroche mais dès les premiers mots de la jeune femme, dont j’ai eu l’honneur d’assister au mariage un mois auparavant, je comprends qu’il y a un problème. Je décèle même, sans avoir de précision, qu’il s’agit d’une urgence. Cela m’inquiète, je m’isole dans une chambre pour me concentrer.

« Bonjour Maître, je vous appelle parce que Maman ne va pas bien, elle ne va pas bien du tout… », me dit-elle d’une voix chancelante et désespérée. Je comprends donc qu’elle a été contaminée par le Covid-19 ! La jeune femme me dit que sa mère, à peine âgée de 49 ans, a « mal de partout » depuis 7 jours, qu’elle tousse énormément, qu’elle a une douleur thoracique en respirant qui ne cesse d’empirer, et qu’elle a de la fièvre, 38°-39°C.

Là, je me souviens que lorsque l’épidémie a commencé à sévir en Alsace, je lui avais dit par précaution, sachant qu’elle prenait pour son mal de dos des anti-inflammatoires, de voir avec son médecin si elle pouvait continuer à les prendre.

Encore une fois, le récit de ma grand-mère me servait comme une boussole dans mes réflexions et ma volonté de prudence à l’égard des recommandations médicales officielles. Au plus fort de crise de la grippe de 1918 et avant d’être contrainte pour son bien au confinement par mon arrière-grand-mère, elle avait remarqué que les médecins distribuaient une boisson aux malades pour soulager leurs douleurs et faire tomber la fièvre. Quelques jours plus tard, tout ceux qui avaient bu cette boisson mourraient… Plusieurs années après, devenue adulte, elle comprendra qu’il s’agissait de l’acide acétylsalicylique, ou plus simplement appelé aspirine, produit élaboré par l’industrie chimique qui avait contribué à décimer les malades de la grippe avec le triste renfort des médecins, pas suffisamment critiques sur les thérapeutiques administrées aux malades ! Ma grand-mère gardera de cette époque une défiance à l’égard de la médecine de manière générale, mais donnera durant toute sa longue existence pour la recherche contre le cancer qui avait emporté mon grand-père en 1976.

Mais le covid-19 n’est pas similaire au virus de la grippe de souche H1N1. Même si les symptômes peuvent apparaître équivalents, l’évolution clinique de certains malades semble différente. Ces douleurs respiratoires (thoraciques) que beaucoup de malades décrivent m’interpellent, surtout lorsque je mets ces informations en perspective avec quelques publications scientifiques qui évoquent l’embolie pulmonaire comme complication du Covid-19. Ces données pourraient impliquer un changement radical de paradigme et une modification dans la stratégie de prise en charge de certains malades en stade très avancé. Le traitement ne serait pas uniquement respiratoire mais également cardio-vasculaire, car dans ces cas extrêmes, l’inflammation peut conduire à une thromboembolie dont le mécanisme est bien connu des médecins.

Très préoccupé par l’état de santé de ma cliente, au point que j’ai souhaité l’entendre au téléphone, je constate impuissant que ses phrases sont hachées par la fatigue générale et que son souffle est anormalement plus rapide. Au bout d’une minute, je la sens encore plus épuisée. Pire, elle qui d’habitude est très vive et pleine de force, là, semble résignée par son état comme si son esprit était en train de perdre la bataille. Je mets fin à notre courte discussion, tout en l’encourageant et lui promettant qu’elle ira de mieux en mieux alors qu’en réalité, je crains le pire pour elle.

Je reprends sa fille au téléphone à qui je dis d’appeler le 15 immédiatement. Elle me rétorque qu’elle a déjà essayé mais qu’un opérateur lui a dit qu’ils ne se déplaceront que si elle est en insuffisance respiratoire, car les services hospitaliers sont submergés. Autrement dit, lorsqu’elle sera dans cet état grave, peut-être même trop grave, rien ne nous assurera du caractère réversible de la situation. Je lui parle immédiatement de la chloroquine ; elle ne semble pas avoir suivi tout le battage médiatique autour mais me demande s’« il est vrai que c’est efficace contre le coronavirus ? ». Je ne peux lui affirmer mais lui fais part de l’espoir que cela suscite et des témoignages de guérison de personnalités tout à fait crédibles. Elle me demande pourquoi le médecin de SOS médecin, qui diagnostique un Covid-19, ne lui prescrit pas les médicaments adéquats… Un peu gêné et contrarié même, alors qu’au fond je n’en suis pas le responsable, je lui explique qu’il y a une concurrence malsaine entre médecins sous fond d’enjeux certainement économiques. Je lui livre mon point de vue sans entrer dans les détails que je pense pourtant maîtriser mais qui n’apporteront rien à la discussion, sauf à ajouter à l’angoisse de perdre sa maman, la haine de nos dirigeants. Elle a le temps pour cela !

Dans l’urgence, j’évoque avec elle ce qu’elle pourrait déjà faire pour essayer d’améliorer la physiologie de sa mère. Il est important de renforcer l’action de son système immunitaire sans qu’il s’emballe nécessairement, améliorer son statut antioxydant et fragiliser le virus. Ces axes d’attaque passeront, faute de molécule miracle, par l’alimentation et la consommation de compléments alimentaires. Nous discutons ensemble de tous ces points. Sans attendre, elle envoie son frère acheter les compléments alimentaires sur lesquels elle fonde alors beaucoup d’espoirs et j’avoue, moi aussi, en l’absence de la solution médicamenteuse du professeur Raoult. Si j’avais été médecin, j’aurais couru à son chevet pour lui prescrire de l’hydroxychloroquine et de l’Azithromycine ou à défaut, lui administrer une perfusion de vitamine L ascorbique par jour, sur autant de jours nécessaires, tout en faisant attention à son taux en fer ou de cuivre, mais là impossible ! Je ne dispose pas non plus de vitamine C liposomale qui aurait pu remplacer la perfusion. Dans l’immédiat, elle se contentera de pendre par voie orale de la vitamine C en quantité plus importante qu’en période normale, soit 5 grammes par jour, pour favoriser notamment la régénération des cellules endommagées en réduisant le stress oxydatif, et de l’argent colloïdale à 15 ppm afin de prévenir les attaques venant de bactéries profitant de la situation physiologique précaire pour émerger.

Nous raccrochons, je suis inquiet mais j’ai confiance en ces compléments alimentaires dont j’ai déjà pu me rendre compte de la puissance. Je garde espoir !

Vers 20h45, j’appelle sa fille mais je tombe sur le répondeur. Ce simple fait me laisse craindre le pire… Et si dans l’intervalle l’état de santé de leur mère s’était encore agavé ? Je décide d’appeler son fils, il décroche et sa voix semble normale, je soupire de soulagement. Ce dernier me dit qu’il est allé acheter les compléments alimentaires. Je sens à sa voix qu’il fonde lui aussi, en ces derniers, beaucoup d’espoir, et pour cause, il est témoin de la dégradation progressive et inéluctable de la santé de sa mère. Je lui explique qu’il doit être également vigilant quant à son alimentation : elle peut tout manger mais doit éviter autant que possible la viande, les laitages et certains types de féculents car ces aliments peuvent provoquer des inflammations que le système immunitaire sera obligé de traiter. Présentement, elle a un combat à mener et à gagner contre le covid-19, son état physiologique précaire ne lui permettant pas de s’alimenter sans aucune rationalisation. Il me demande alors si une soupe serait bonne. Voilà que je deviens nutritionniste ! Je lui réponds qu’il faut faire preuve de bon sens et qu’une soupe de légumes à l’ancienne, avec de l’ail, de l’oignon, des herbes et des légumineuses est très bonne autant pour le palais que pour la santé ! Ou le mieux, si cela est possible, serait de privilégier une courte diète. D’ailleurs, il n’y a pas de hasard dans le fait que généralement lorsque l’on est malade, l’appétit disparaisse. Le corps limite ses besoins pour concentrer son énergie à solutionner la problématique.

J’essaie de le rassurer tant bien que mal mais j’aurais tant préféré que Madame puisse bénéficier du protocole du professeur Raoult. Bien évidemment, je ne fais pas l’impasse sur cela et j’en parle également avec lui. Quelques minutes plus tard, sa sœur souhaite me dire quelques mots. Ajoutant encore plus de pression sur mes épaules, elle m’explique que leur jeune sœur ne fait que pleurer. La petite a 15 ans, elle suit comme nous tous les informations qui rapportent chaque jour le nombre de morts toujours plus important et parmi eux, des victimes bien plus jeunes que ce que l’on croyait au départ. Je sens que je dois tout faire pour trouver une solution.

Alors que je l’écoute me parler de la toux incessante de sa mère, de la douleur thoracique qui augmente au niveau pulmonaire, j’envoie en parallèle à 21h02 le message suivant sur le groupe sur lequel, avec mes amis confrères, nous communiquons régulièrement : « URGENCE ! Je viens de recevoir un appel à l’aide de la fille d’une de mes clientes qui a le Coronavirus. Les symptômes ne font que s’aggraver mais l’hôpital refuse de la prendre en charge car pas encore prioritaire. Qui disposerait d’un modèle pour saisir en référé le juge administratif ? ». L’un de mes confrères, le plus compétent d’entre nous en droit administratif, me répond assez rapidement. Il me propose de mettre à ma disposition un modèle de requête obligeant le juge à statuer dans les 48h. Il me met en garde car selon lui, il existe «très peu de chances que cela fonctionne car je vois mal un juge dire à un médecin ce qu’il faut faire ». Et pourquoi un juge ne pourrait-il pas le faire ? Ce juge que je saisirais, pourrait très bien avoir une expertise dans le domaine médical et à défaut, assortir sa décision de l’urgence vitale pour Madame ! Je réfléchis et finis par me faire une raison, la voie judiciaire n’est pas la meilleure solution car elle ne sera pas assez rapide et bien trop aléatoire.

Je dois tout mettre en œuvre pour elle, me dis-je ! La pression monte d’un cran…

Il faut que je trouve un médecin courageux qui acceptera de me faire une ordonnance pour Madame, en prescrivant le protocole du professeur Raoult. Mes pensées fusent, j’imagine appeler un ami d’enfance qui est cardiologue hospitalier à Lyon mais je n’ai plus ses coordonnées. Je cherche son profil sur le réseau professionnel que j’utilise mais je ne vois pas de compte. Puis, je pense à l’ancien Ministre, Philippe Douste-Blazy, Docteur en cardiologie de formation, dont j’ai vu la vidéo quelques jours auparavant dans laquelle il appelle à l’utilisation de d’hydroxychloroquine. Je tombe rapidement sur son profil mais il n’est pas possible de l’inviter car il limite les invitations et ne permet pas la connexion facilement. Cet obstacle m’agace au plus haut point ! Dommage… Je pense à appeler une amie avocate à qui j’ai également envoyé vers 21h un message d’urgence afin qu’elle me rappelle. Son père est médecin, ses deux frères sont internes en France. Nous discutons longuement, elle comprend l’urgence, mais je perçois qu’elle penche plus pour la vision de Paris que pour celle de Marseille, mes arguments semblent la convaincre mais je n’insiste pas, elle n’est pas en mesure de donner une suite favorable à ma demande.

Et si j’écrivais au service du Professeur Raoult !? Il est minuit passé, il est tard mais me voilà à la recherche d’un email ou d’un fax me permettant d’entrer en contact avec lui ou son équipe. J’ai une nouvelle fois la fille de ma cliente par téléphone. A l’issue de notre courte discussion, cette dernière me fait parvenir le certificat médical de SOS médecin ainsi que l’ordonnance. Je prépare mon courrier tout en gardant à l’esprit que le Professeur doit, ces derniers jours, recevoir des milliers de fax comme celui que je vais lui faire parvenir. Je me dis qu’avec mon papier en-tête, j’aurai peut-être plus de chances. Qui sait !

Après plusieurs dizaines de minutes à naviguer sur le site dont le nombre de pages est colossal, je clique sur « info pratique » et trouve plusieurs fax. Je choisis celui du secrétariat des consultations et envoie mon courrier et ses deux pièces jointes… Enfin, j’espère avoir une réponse et à défaut, je prie pour que les compléments alimentaires aient un effet favorable.

Il est 01h48 lorsque je reçois l’accusé-réception de mon envoi, je suis soulagé et fatigué… Je vais enfin pouvoir aller me coucher !

« « JOUR 25 » Virginie le Vaillant
« Tranches de vies confinées » Virginie le Vaillant »