« L’automne du Gobi ». Erdene-Ochir juin 29, 2020 – Publié dans Littérosa – Tags: , , , , ,

Arlaan Erdene-Ochir est un poète et journaliste, né en 1972 dans la région de Dornogovi, à l’extrême sud-est de la Mongolie et est mort en 2018. Après ses études secondaires, il est venu à Oulan-Bator pour étudier la littérature à l’Ecole normale supérieure. Il a fait sa carrière de journaliste dans divers organes de presse et de la télévision.

Il a écrit une série de recueils de poèmes comme « Les jours bleus d’encre», «La tendresse» (1995), «Les oiseaux innocents» (2000), «Le flux du soleil et de la lune» (2001), «Le monde que je collectionné» (2006), «Une telle vie» (2007), « La saison de la tristesse transparente ». Ses poèmes sont traduits en russe, anglais, chinois et coréen. Entre 2017-2018, il était directeur du Conseil d’Administration de l’Union des écrivains mongols. Il a reçu de nombreux prix et distinctions nationales et internationales. En 1998, il a reçu la récompense de l’Union des écrivains mongols. En 2002 et en 2006, il a remporté les premiers prix du concours « Bolor tsom » (Coupe de cristal) et du Premier festival mondial des poètes mongols. En 2012, il a été décoré du Médaillon « Pour l’excellence poétique » de l’Académie du monde des arts et de la culture. L’année 2015 a également été une année enrichissante pour Erdene-Ochir, avec le prix du « Meilleur poète » décerné par l’Académie mondiale de la poésie. En 2017, il a été distingué comme la figure culturelle de la Mongolie par le décret du président de la Mongolie.


Traduit du mongol par Altantsetseg Tulgaa



L’automne du Gobi


Aux tristes cris innocents des chameaux tournant autour de leur piquet

Le ciel de l’automne pâlit comme une triste âme chagrinéе 

Sur la terre bercée par la douce mélodie dont on ne peut pas se lasser

Ruissèlent des pensées mélancoliques et souffle le vent de l’automne.

Aux jours où les herbes sèches s’étendent les unes contre les autres  

Aux jours qui s’en vont comme d’agiles cavales

Le deel* léger d’automne ne me protège pas assez

Et la mélodie des chansons populaires résonne dans mon esprit distrait.

La caresse du vent sur les cheveux m’a éclairci l’esprit 

Mon âme comme une corde musicale est touchée 

Par les chants des oiseaux

Je chante en émoi dans les dunes jaunes et jaunes 

Je suis là retrouvant mes raisons et égarements.

Avec toute la force de mon âge où la colère et l’orgueil s’équilibrent  

J’ai monté une tente bleue et neuve au vent de la steppe,

En couvrant de givre les boutons en argent du revers  du deel en drap 

Je me suis éloigné avec le temps et les mirages.

Dans la vie, tantôt éloge tantôt critique  

Souffle le vent de l’automne du gobi, chassant la poussière de mon chapeau

Et en m’offrant le khadag* de la rencontre et de la félicité

L’automne du gobi est de retour pour offrir mon âge à mon plus jeune frère.

*deel– le costume traditionnel des Mongoles

*khadag– une écharpe traditionnelle de prière aux esprits chez les Mongoles. Elle symbolise  la pureté, la bienveillance, le bon présage et la compassion.


Le peuple


Le peuple, soumis et amolli,

Est descendu, les pieds lourds, de son cheval fougueux,

son enthousiasme est retombé, il a perdu son fouet,

sans repère, désorienté, il s’égare dans un épais brouillard.

Le peuple, misérable et fatigué sur sa terre natale,

demeure éreinté comme un chameau épuisé,

abusé par le mirage, il croit voir l’eau du lac,

il a tiré ses flèches sans bander son arc.

Le peuple crie et sa voix ne s’entend pas,

Il n’en peut plus d’hurler en vain,

ses mains tremblent de peur dans ses manches,

il s’assourdit dans d’effroyables fracas.

Le peuple, abruti, plongé dans la somnolence, 

ne sort pas de sa profonde léthargie tout en ne dormant pas,

il ne lutte pas avec courage quoique son cœur soit déchiré,

il frisonne à la fraîcheur qui pénètre sous la yourte.

Pourtant, c’est un peuple vaillant quand son ardeur est enflammée,

un peuple aussi lucide que la lumière de l’aube.


Réflexion 


Je contemple les montagnes bleues lointaines

Je me sens comme si j’avais inventé ce monde immense 

Le soleil qui se lève de l’Orient m’est familier

Les océans qui ondulent sont aussi mes larmes

Les quatre saisons se succèdent

L’homme et le monde se croisent sans cesse

Les  jours et les nuits tantôt longs, tantôt courts

Le cycle de la vie serait parfois une rencontre, parfois une séparation  

C’est ce que je vois

Je me sens comme si j’avais inventé ce monde 

Sur cette terre où je suis né et ai grandi

J’ai l’impression qu’elle m’a perdu après m’avoir créé

Nous nous sommes composés l’un de l’autre

Mon âme est celle de la mère et de l’enfant

Je remplace le temps et l’espace 

Je serai remplacé par le temps et l’espace. 


Kapaz (c) 2020

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