« Le jour où l’humanité mourra… » Nijat Kazimov avril 4, 2020 – Publié dans Littérosa – Tags: , , , , , ,

Nijat Kazimov, Co-fondateur des Éditions Kapaz et rédacteur en chef de Littérosa. Directeur de la représentantion de la littérature azerbaïdjanaise en France. Auteur du livre « Les pierres en couleurs »


J’ai pris cette photo en 2016. Son nom est Edmond. Il avait la maladie d’Alzheimer. Pour la première fois de ma vie, je rencontrais un patient atteint d’Alzheimer.

Un jour, je suis entré par hasard dans un café en bord de route. J’ai dû m’asseoir et envoyer un e-mail quelque part. Pendant ce temps-là, j’ai remarqué qu’un vieil homme est entré dans le restaurant. Il a demandé au propriétaire du restaurant de manger et a dit qu’il n’avait pas d’argent pour le moment mais qu’il paierait la prochaine fois. Le propriétaire du restaurant lui a gentiment donné de la nourriture. Ensuite, le propriétaire du restaurant m’a parlé d’Edmond.

« A chaque fois, il vient, dit la même chose, mange et part. Et cela, trois fois par jour. »

Le propriétaire du restaurant a déclaré qu’il n’a jamais hésité à lui donner de la nourriture. En raison de ce personnage, le propriétaire du restaurent est maintenant l’un de mes amis les plus proches !.

Une fois autre, j’étais également au restaurent en même temps qu’Edmond. J’ai rencontré Edmond. j’ai même dîné avec lui, et quand je lui ai dit que j’allais lui offrir le repas, il était si heureux qu’il m’a dit: « Je peux vous à mon tout vous offrir quelque chose, un billet à moitié prix pour n’importe quel pays si cela vous intéresse, mais je dois vous accompagner pour vous obtenir ce billet.  » Nous avons commencé à rêver ensemble, nous avons voyagé de Los Angeles au Pérou, de la Chine à Londres. Il s’est bien amusé.

Edmond était un pilote de ligne à la retraite. Sa famille l’a abandonné à cause de sa maladie. Il a été laissé seul dans un appartement pas plus grand qu’une simple pièce.

Je lui ai rendu visite chaque semaine pendant un an et demi. Chaque fois, il me parlait comme s’il me voyait pour la première fois, il disait les mêmes choses. Alors qu’il se souvenait de gens qu’il avait connus dans le passé, par exemple les chefs dans des restaurants de renom, il ne parvenait jamais se souvenir de moi.

Puis j’ai déménagé. Je n’ai plus jamais vu Edmond.

Dans l’actualité d’aujourd’hui, j’ai vu un nombre record de morts en France en 24 heures (1120), et immédiatement j’ai pensé à Edmond.

J’ai dit: « Eh bien », je me suis blâmé … Peut-être qu’il a été inclus dans cette statistique? Les médecins ne répondent plus aux appels téléphoniques, et personne ne recherche les personnes âgées. J’étais navré que quelque chose puisse être arrivée à Edmond.

J’ai appelé et demandé à mon ami: Comment va Edmond? Le voyez-vous?

J’étais surpris par ce que cet homme m’a dit:
« Je fais des courses hebdomadaires pour lui. Je lui ai donné un téléphone et je l’appelle toutes les cinq heures pour qu’il ne quitte pas la maison afin qu’il n’oublie pas. » 

Je suis fier d’avoir un tel ami. Heureusement qu’il existe !

Un jours nous devons tous quitter ce monde. L’essentiel est que l’humanité ne meure pas ! Le jour où l’humanité mourra sera en effet la fin du monde !

« « J-01 avant confinement » Jean-Emmanuel Medina
« J-02 avant confinement » Jean-Emmanuel Medina »